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2008, May 08
 
 
 
"J'ai la force de me battre..."
 
 
 
"...mais je pouvais aider les gens à vivre leur chômage correctement."
 
 
 
 
"Quand on est recon-
nu, on peut agir."
 
 
 
 
"Avant tout, il faut réconcilier les gens avec leur situation."
 
 

Jacqueline Balzan

Elle ne voit rouge que face à l'injustice. "J'ai la force de me battre", explique Jacqueline Balzan, "ce que les autres n'ont pas." Elle n'a pas d'ambitions, elle ne rêve ni d'une carrière professionnelle ni de devenir Présidente de la République. Tout ce qu'elle veut, c'est que les gens agissent ensemble : "Ensemble, on est plus intelligents, plus tolérants."
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Jacqueline Balzan, Montpellier
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Tout a commencé avec une mauvaise expérience : en 1989, un licenciement injuste l'a amené devant les Prud'hommes et dans les listes de l'ANPE. Comme à tant de monde, les Assedic lui ont versé de quoi survivre - ou étaient censés le faire. Au moment où elle a réclamé l'argent qui, en réalité, n'était jamais arrivé chez elle, "ils" ont prétendu qu'elle aurait changé de compte bancaire... Jacqueline savait que cela n'était pas le cas.
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C'était à cette époque où elle s'est dit que, finalement, sa situation ne devrait pas être si unique. Elle s'est alors mise à la recherche de personnes qui ont dû subir des expériences similaires...
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Jacqueline Balzan, les chômeurs de Montpellier
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...et est tombée sur Claude Adage. Claude, à ce moment, était déjà en retraite, mais ses rêves d'un monde plus juste étaient toujours aussi combatifs qu'aux jours de sa jeunesse. Et ses idées d'un partage juste et équitable du travail, enrichies par ses expériences dans l'ingénierie sociale et ses voyages autour du monde, étaient devenues encore plus concrètes - maintenant, le temps était venu de les réaliser.
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En janvier 1994, Claude a donc créé le "Comité pour une répartition équitable de l'emploi et des revenus" (CRÉER) et, trois mois plus tard, un de ses objectifs était atteint : Montpellier a vu la naissance de sa première Maison des Chômeurs. Jacqueline Balzan était à côté de Claude. Avec lui, elle a fait vivre le petit bureau dans une cave au quartier Figuerolles : elle a monté une commission sur le logement et, toujours bénévole, elle s'est engagée dans la lutte contre les arnaques dans le monde du travail.
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"Je ne pouvais rien faire contre le chômage ou, disons, très peu", dit Jacqueline Balzan aujourd'hui. "Mais je pouvais aider les gens à vivre leur chômage correctement, les faire réfléchir au chômage et à l'emploi." Non, il est peut-être vrai qu'elle ne pouvait pas faire "beaucoup", mais elle a fait en sorte que l'association créée par Claude Adage puisse organiser des rendez-vous entre les chômeurs et des employeurs. Elle a initié une action de sensibilisation à la carte de retraite. Elle a persuadé les vétérinaires d'embaucher des commerciaux...
 
 

La Maison des Chômeurs à Montpellier

"Ne pas laisser faire les choses comme ça", était - et est toujours - son leitmotiv. Pendant une longue période, l'association de Claude Adage ne pouvait pas la rémunérer. Elle faisait toujours partie de l'armée grossissante des chercheurs d'emploi. Or, "le chômage me laissait le temps de faire quelque chose d'utile." S'engager, se disaitelle, valait mieux que rester dans son coin à se morfondre. Et ce temps, elle savait l'utiliser : bientôt, son travail pour les chômeurs ne lui suffisait plus. Elle a donc commencé à fabriquer des costumes pour des musiciens ("bénévolement, cela va de soi"), elle a monté une pièce de théâtre avec Guy Bertil, un acteur qui, à l'époque, avait joué avec Louis Funès… bref, elle savait rester active.
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Mais son travail avec Guy Bertil ne devait pas seulement faire plaisir, mais aussi profiter aux autres chômeurs : l'acteur avait réussi à décrocher le financement pour une action de sensibilisation au théâtre et, peu après, le public montpelliérain pouvait assister à l'inauguration d'une improvisation sur le chômage. La pièce, jouée
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Jacqueline Balzan et solidarité
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quatre fois, avait un succès énorme. Une cinquantaine de personnes sur scène qui "refaisaient" l'ANPE, l'Assedic et le quotidien des chômeurs faisaient rire les gens et - réfléchir.
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Jacqueline, toutefois, ne n'avait pas le temps de se reposer sur ses lauriers. "Je suis là pour créer un mouvement de chômeurs." Elle a donc passé son DEFA, un examen lui permettant de devenir directrice des centres sociaux. Et les choses ont commencé à bouger : en 1998, quatre ans après la création de la première Maison des Chômeurs, les bureaux pouvaient enfin s'installer dans un local adéquat, situé dans la rue Levat près de la gare de Montpellier.
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Entre-temps, Jacqueline est devenu la "bonne à tout faire". Elle ne remplace ni l'ANPE, ni les assistants sociaux, ni les psychologues - "mais je fais un peu tout ça." Elle accueille les chômeurs et écoute les récits de leurs expériences. Elle fait la gestion, la compta, elle monte les dossiers de subvention, rencontre les représentants de la mairie, les députés...
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Bref, elle fait tout pour faire connaître la Maison des Chômeurs. "Être connu signifie être reconnu. Et au moment où on est reconnu, on peut agir." Un chômeur peut avoir l'impression d'être exclu de la société, économiquement et affectivement. Chez Jacqueline, il trouve des conseils et des pistes. Elle fait comprendre à ses visiteurs que "le chômage n'est pas leur faute. Avant tout, il faut réconcilier les gens avec leur situation."
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La Maison des Chômeurs à Montpellier est devenue un espace transitionnel où il "faut faire autre chose", un lieu de rencontre, à l'écoute individuelle, mais à la pensée collective. Après des entretiens individuels, le chercheur de travail peut se joindre à un groupe, parler avec d'autres qui sont dans la même situation que lui et, ensemble, on comprend qu'il y reste toujours "quelque chose à faire".
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Et le soir, lorsque la Maison des Chômeurs ferme ses portes ? C'est le moment où Jacqueline rentre chez elle, où elle trouve sa famille, son jardin et ses livres. "Un jour", dit-elle, "j'écrirai un livre. Il parlera des gens et de tout ce que je vois du monde."