La passion de la poésie contemporaine
heures est, comme il l'exprime, "plus réelle que réelle". Elle exige du lecteur de s'y concentrer à cent pour cent, d'aimer la langue et, surtout, de participer "énormément". Comme elle se présente en forme de textes courts, d'une sorte de "littérature fragmentaire" qui, selon Roch, ne peut être classée dans aucune catégorie, nous sommes confrontés à un élément qui n'obéit à aucune loi universelle.
"Il y a des gens qui parlent plutôt d'une philosophie que d'une littérature", dit Roch. Une philosophie qu'on peut considérée comme spirituelle ou, au choix, ésotérique. Dans son premier livre,
Corps gisant, lis et nu, un recueil de textes courts, édité chez l'édition Jacques Brémond, Roch offre à son lecteur une
"passerelle" entre le corps profane et sacral. Le corps sacral est celui du Buddha ou du Christ - le profane symbolise la dame qui est seule, debout dans une salle domaniale, entourée de statues brisées, qui ne sait pas où elle va et d'où elle vient. Elle est immobile, incapable d'aller où que ce soit, de savoir ce qu'elle veut...
Jusqu'à ce jour, Roch a publié quatre livres de poésie contemporaine. Il est clair qu'il a déjà écrit avant de découvrir "son" genre : "surtout pour me situer". Mais cette époque n'a plus beaucoup d'importance pour lui. Aujourd'hui, il écrit parce qu'il en a besoin. Il écrit aussi pour "les gens", comme il dit. Le lecteur est là pour "valider" son travail, pour lui montrer que les mots ne sont pas que des mots.
Et il continue. Plus il fait des livres, plus il a des "raisons de vivre". Ses livres et sa ville de
Montpellier sont pour lui inséparables : ses textes respirent avec cette ville. Il n'éprouve jamais le besoin de voyager, il parle même d'un "goût pour l'immobilisme". Il aspire à vivre dans un périmètre court et amical - "c'est en restant sur place, qu'on connaît beaucoup de gens". Ou, comme dit Saint Augustin, un sage que Roch aime citer : "Un seul regard suffit à l'aventure".
Tandis que ses matins sont exclusivement voués à l'écriture, Roch consacre ses après-midi aux promenades, à la lecture, à la méditation. De temps en temps il donne un coup de main à un ami ou arrondit ses fins de mois par des ateliers d'écriture. Mais cela est tout. Il n'a pas besoin de gens autour de lui : "Pour pouvoir écrire, il faut être libre. Le souci de nourrir une famille détruit la liberté de la création."
Est-il seul ? Peut-être. Toutefois, sa solitude ne lui pèse pas. Il vit face à face avec les mots. "Il y a des gens capables de s'ennuyer tout seuls. Mais je ne les comprends pas - comment on peut s'ennuyer dans un monde où il y a tant de choses à faire - où il y a tant de livres à lire et à écrire." Et où il y a la poésie...