Jean-François Gros, écrivain de Montpellier
sans le montrer à personne - sauf, peut-être, à sa mère. Mais pas très souvent non plus. Parfois il ne se rend même pas compte de ce qu'il écrit : "Je le vois au moment où je relis mon texte."
Mais - "la rigueur", explique Jean-François Gros, "est importante quand même." Lorsqu'il est dans une phase de création, il essaie d'écrire tous les jours. "Sinon, tu ne finis jamais." Chez lui, tout doit se passer rapidement. En général, écrire une histoire ne prend que quelques jours.
Grâce au Dragon fumé, il a été accepté à l'
IMCA, le centre de formation professionnelle aux métiers de l'audiovisuel. "Il fallait que j'apprenne la forme d'un scénario." Mais avant de commencer le stage, il a dit "stop - j'arrête le cinéma". Pourquoi ce changement d'avis subite ? "J'ai fait quelques analyses dans le secteur marketing" - profession oblige - et : "À part de faire quelque chose d'extraordinaire ou d'être déjà connu, il n'y a que très peu de chances de placer un scénario. Il y a trop de scénaristes."

Ce qui, par contre, semblait avoir de l'avenir, c'était la littérature pour les enfants. "Autant commencer par quelque chose qui est en plein essor - car, finalement, je ne suis pas un
fils de..." Cela sonne sérieux, mais Jean-François sourit, lorsqu'il lance ces mots. Car, avant tout, il y avait Apolline et Alexandre, sa nièce et son neveu, pour lesquels il avait envie d'écrire.
Sa première véritable histoire pour enfants a pour héro - une poupée. Une poupée magique, bien entendu. Selon le vendeur, elle devrait parler. Mais au lieu de parler, elle rend muets les autres… Toutefois, à la fin, tout ce passe bien, grâce à Apolline, la petite fille, qui sauve tout le monde et la situation.
Depuis
La poupée qui parle, il n'écrit plus que pour les enfants. Et pour leurs parents. L'idéal, selon Jean-François Gros, serait des parents qui lisent les histoires aux enfants. Il écrirait donc quelques passages adressés aux adultes et, d'autres, destinés aux petits. "Mais un éditeur m'a dit que cela ne marcherait pas. J'aurais oublié que les enfants préfèrent lire tout seuls."
Entre-temps, il a trouvé son style. Un style qui s'adresse entièrement aux enfants. Sa dernière histoire se passe dans le monde des Indiens d'Amérique, où ses petits lecteurs sont confrontés avec les moeurs d'une époque, d'un peuple lointain et proche en même temps.
Et quand il ne travaille pas ? Dans ce cas, il lit. Il lit de tout. "Avant, j'étais très philo, socio, psycho. Mais maintenant, j'ai constitué ma philosophie perso." Et, par conséquent, il préfère découvrir. "Je prends tous les bouquins qui me plaisent - des essais, des romans, San Antonio... je veux découvrir du tout." Finalement, la littérature occupait toujours la place la plus importante dans sa vie. "À la limite, je peux dire que j'aurais plus lu dans ma vie que travaillé professionnellement."
Est-il solitaire ? "Pas vraiment, enfin, oui, un peu." Plus jeune, il avait beaucoup de copains. "Mais maintenant, je me rends compte que les hommes ne m'apprécient plus. C'est bizarre, car je ne les mords pas…". Et il rit un peu gêné. La famille, par contre, est importante. "Je tiens beaucoup à ma mère, ma soeur, mon oncle et ma tante." Et à sa copine Marie-Elisabeth qu'il a rencontrée il y a six ans à un thé dansant. Assise pas loin de lui, elle aurait murmuré pour elle toute seule : "Tiens, personne ne nous invite à danser." Et Jean-François l'a entendu...
Aujourd'hui, elle est devenu son plus grand soutien moral. "Elle croit en moi et mes bouquins". Parce que la confiance, c'est important. "Quand on écrit, il faut tout oublier. On a l'impression de partir pour un autre univers. Mais, en fin de compte, personne n'est capable d'exprimer des choses qu'on n'a pas vu, senti, pensé, vécu soi-même."